Entre archéologie et histoire. Les statues honorifiques de Thasos

Dès l’époque classique, mais surtout à l’époque hellénistique et sous le Haut Empire, la riche cité de Thasos, en Égée du Nord, honorent ses citoyens les plus méritants et ses bienfaiteurs étrangers de statues, sculptées dans le marbre blanc de l’île. Celles-ci sont installées dans les sanctuaires et sur les places publiques aux côtés d’autres représentations individuelles, érigées à titre privé. Les vestiges de ces œuvres – fragments sculptés et bases – constituent une documentation archéologique très abondante, qui reste à ce jour en grande partie inédite. Pourtant, l’étude des statues honorifiques, malgré leur état fragmentaire, permet de jeter un éclairage nouveau sur différents aspects de l’histoire de la cité. Ces objets d’art témoignent en effet de pratiques sociales et politiques dont les textes ne nous donnent qu’une vision partielle et documentent des périodes mal connues de l’histoire de l’île.

C’est du moins l’hypothèse que nous aimerions mettre à l’épreuve par l’examen de deux ensembles de statues. Le premier, tout à fait exceptionnel, provient de l’Artémision de Thasos et se compose de sept statues féminines drapées, retrouvées devant leurs bases où sont inscrites des dédicaces honorifiques pour des prêtresses d’Artémis. Ces statues bien datées nous donnent de précieux renseignements sur le développement monumental du sanctuaire et sur l’importance du culte d’Artémis à Thasos à la fin de l’époque hellénistique et sous le Haut Empire. Leur analyse est cependant semée d’écueils, liés non seulement à la dispersion de la documentation, entre Thasos et Istanbul, mais également à la complexité du contexte de découverte. L’étude de toutes les données – archéologiques, artistiques et historiques – s’avère donc indispensable pour la bonne compréhension de ces statues.
Le second ensemble que nous souhaiterions examiner est moins homogène. Les statues honorifiques installées sur l’agora de Thasos entre le IIe siècle av. J.-C. et l’époque d’Auguste sont en effet de natures diverses, selon qu’elles représentent des notables de la cité et leur famille ou des représentants des autorités romaines. Elles traduisent néanmoins matériellement l’importance croissante des relations avec Rome dans la vie politique et sociale de la cité. Confrontées aux pratiques plus sobres des périodes antérieures, ces statues permettent également de saisir l’évolution des rapports qu’entretiennent les citoyens de Thasos avec la promotion individuelle et sa manifestation dans l’espace public. Les statues honorifiques permettent ainsi d’écrire une nouvelle page de l’histoire de Thasos à la basse époque hellénistique.

L'évènement sera suivi d'un verre avec le conférencier à la cafétéria du TURLg.

Affiche téléchargeable sur academia

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